Ça fait un moment que je n’ai pas touché à ce blogue…ce n’est pas un hasard!

J’ai fait une overdose

Après une dizaine d’années d’entrainements réguliers de course, j’ai poigné le boutte. J’en ai eu ras-le-bol de courir, de faire des films de course, de bloguer sur la course, de lire sur la course, de parler de course, de me reposer pour courir, de manger pour courir, de vivre pour courir…

J’ai toujours détesté les dépendances. J’ai harcelé des fumeurs, pas toujours avec tact, invoquant leur manque de volonté pour arrêter. J’ai arrêté le café quand j’ai réalisé que ça m’en prenait chaque matin. Je n’ai pas souffert d’alcoolisme ou de toxicomanie mais j’aurais été un très bon candidat! Plus jeune je jouait au hockey, c’était tous les jours. Quand j’ai commencé la montagne, j’ai voulu grimper les plus hautes et j’ai passé quelques années passionnées à atteindre mes objectifs de hauteur. Pas grand chose pour m’arrêter quand je plonge avec passion dans quelque chose.

Alors que la montagne m’a mené aux sommets des deux Amériques, la course m’a apporté plus loin que je n’aurais pu m’imaginer. J’y ai découvert un monde de passionnés et une soupape à un quotidien exempt de travail manuel et d’efforts physique. Je suis convaincu que la santé passe par des activités physiques quotidiennes. En me plongeant de plus en plus dans la course longue distance, je me suis découvert des forces insoupçonnées.

Avant de «découvrir» la course, je courrais occasionnellement entre mes sortie en montagne pour garder la forme. Avant de savoir que tout ça avait un nom, le trail running, je courrais en sentiers. Persuadé que la course soit assurément «plus facile» que la haute montagne, je me suis inscrit à un marathon dès ma première année d’entraînement régulier. Ça n’a pas été facile et j’ai été content de l’avoir terminé mais je n’avais pas la piqure…jusqu’à mon inscription à mon premier ultra : le Jay Marathon. Une course de 50km dans les sentiers autour et sur Jay peak au Vermont. Pendant cette course j’ai appris que le corps humain avait des ressources que je ne connaissait pas. Il ne s’agissait plus uniquement de technique de course, de pace et d’épaisseur de chaussures mais plutôt de volonté, coûte que coûte, de rejoindre la ligne d’arrivée en y investissant toutes ses trippes. J’étais accro!

S’en est suivi une augmentation pas toujours graduelle de mon temps en entrainement et du nombre de courses auxquelles j’ai participé. J’ai bien sûr augmenté les distances pour lesquelles je m’inscrivait passant du 50km au 80km puis au 160km. En parallèle ces mêmes années le trail running commençait au Québec et j’ai eu envie de partager mon plaisir avec le plus grand nombre en diffusant des vidéos et compte-rendus de courses sur mon blogue. À ma façon je voulais emmener le monde à jouer dehors. Encore aujourd’hui on me parle des clips de bouette de l’UltimateXC! Assurément pas juste par moi mais ça a marché. Le nombre de courses de trail et d’inscriptions ont bondi de façon exponentielle.

J’y étais avec toute ma passion jusqu’à ce que je trouve ça lourd. Jusqu’au moment où je devais être sur mon ordi à minuit, 8 mois en avance, pour avoir une place au départ d’une course. Jusqu’au moment où je réalisais que je me sentais toujours «on the edge» d’une blessure. Jusqu’au moment où je réalisais que je ne voulais plus investir 2000$ en frais d’inscriptions juste en janvier.

Je m’entraînais environ 20h par semaine seulement à la course. J’avais mis de côté plusieurs activités qui occupaient mes loisirs depuis des années : le vélo, le MTB, l’escalade, la rando. En ajoutant les blogues et articles que j’écrivait et ceux que je lisais, les heures de montage de vidéo, le temps de préparation des entraînements et des courses et les traitements de glace, il ne restait pas beaucoup de temps vraiment libre…et là il y avait les réseaux sociaux! Plus de la moitié de mes «amis Facebook» étaient des coureurs ainsi mon fil de discussion était inondé de chiffres encourageants pour chacun des individus qui les affichaient. Détails d’entraînements, commentaires sur des chaussures et des lacets, photos de portions de routes ou sentiers, résultats de courses, compte-rendus de courses, blessures, déceptions de courses, excuses et justifications de n’avoir pas été aussi «performants» que souhaité ou annoncé. J’en étais aussi. Si j’avais mis autant de temps et d’énergie dans une activité moins bien vue socialement, par exemple la consommation d’alcool, mes amis m’auraient emmenés de force en désintox. Mais non la course c’est bon pour la santé! Bref ça a été le début de la fin de mon enthousiasme à avancer dans «le monde de la course».

J’ai participé encore à quelques événements mais sans plus avoir une réelle envie de me dépasser…et de dépasser d’autres coureurs. Une fois lancé et laissé à moi-même sur un parcours en sentier, l’envie de cueillir des champignons, même si je n’y connais rien, était plus intense que ma soif de courir de mon mieux! Mon dernier 50km, à Bryce canyon en Utah, m’a pris 2 fois plus de temps que le précédent. Non seulement je n’y trouvais plus les plaisirs que j’avais eu avant mais j’avais envie de faire autre chose, envie de faire les choses différemment.

J’ai compris que j’étais addict quand j’ai arrêté et ça m’a fait chier, pas d’arrêter, d’être dépendant d’un truc. Je m’étais fait avoir.

Mais quand s’était arrêté la passion pour laisser place à une forme de dépendance? Et où cette dépendance était-elle néfaste dans un aspect ou un autre?

Du jour au lendemain j’ai arrêté de courir. J’ai essayé pendant 2 semaines pour voir comment je réagirais.  J’ai arrêté plus longtemps. Je ne sais pas combien de temps, je n’étais pas fort sur les statistiques de courses alors encore moins sur celles de non-course! Des blessures latentes sont ressorties, justifiant inconsciemment mon arrêt. Pendant des mois j’ai cessé presque toutes mes activités reliées à la course sauf pour quelques sorties relax avec des amis ou avec Marie-Pier.

J’ai eu besoin de ce temps d’arrêt. Ça m’a permis de me questionner sur ce que j’aime de la course, du trail running, de la montagne, des compétitions. Ça m’a aussi permis de retrouver de l’énergie pour faire autres choses.

Par rapport au monde de courses d’endurance où j’ai évolué je n’ai plus la forme. On ne court pas des ultras sans s’entraîner sérieusement. Quand j’ai réalisé, un matin de juillet dernier que mon chum Pat avait pris le départ de son 5ème Vermont100, j’ai eu l’impression que ça faisait 100 ans que j’avais fait cette même course, mon seul 100 miles! Mais tout est relatif car par rapport à mes capacités de coureur que j’avais avant de «devenir un coureur», je suis pas pire en forme et lorsque je me retrouve dans les montagnes blanches du New-Hampshire, je ressens moins la fatigue.

Maintenant que ça fait plusieurs mois que je me suis auto-diagnostiqué une overdose de la course, je suis à nouveau aussi satisfait lorsque je cours «juste» 1h que lors d’une longue sortie en montagne. Je ne me sens plus coupable de faire du vélo plutôt que d’accumuler les heures de course. Et bien d’autres «petits bonheurs» qui ont remplacé bien des «petites frustrations».

Connaissant notre amour du plein air, une amie de Marie-Pier lui a dit un moment donné : les athlètes qui s’entraînent  selon un plan se lèvent le matin en se demandant «qu’est-ce que JE DOIS faire aujourd’hui?» alors que les amateurs de plein air se lèvent en se demandant «qu’est-ce que JE PEUX faire aujourd’hui?». C’est maintenant ce qui motive mes choix d’activités et le pourquoi que je ne me suis inscrit à aucune course cette saison : chaque jour se présente avec un éventail d’opportunités à saisir et il y a tant de choix! L’hiver dernier a été ma meilleure saison de ski à vie. Cet été, mon premier avec ma moto, a vu cette passion frôler la dépendance. Mais je me connais mieux alors j’ai réussi à me contrôler. Je sais que je chercherai toujours les limites pour pouvoir les dépasser. (je ne parle pas des limites de vitesse ;-))

Ces derniers mois plusieurs personnes m’ayant connu par les compétitions et par les réseaux sociaux me demandent si je cours encore. C’est certain que pour ceux et celles qui ne connaissent de moi que mon mur Facebook, ça laisse croire que je ne fais que de la moto. Ça a été volontaire, je n’ai presque posté que des trucs de motos pendant une période. Fallait faire une coupure. Les réseaux sociaux sont simplement une fenêtre sur nous-mêmes par laquelle nous montrons bien ce que l’on veut. Oui je cours encore. Je cours quand j’en ressent l’envie. Quand c’est l’activité à faire à ce moment précis. Quand je suis en montagne avec des gens qui courent aussi. Et je marche aussi. Mes ambitions sont par contre pour le moment ailleurs que de prendre le départ des ultra. Je rêve plutôt d’aller au bout des routes avec ma moto, de switcher mes bottes pour mes runnings et d’aller encore plus loin.

Je laisserai ce blogue actif mais il est peu probable que j’y revienne souvent. Si vous aimez mes photos, je vous invite à visiter ma page FB de photographe. Si la course longue distance vous allume, je vous invite à suivre les blogues de mes amis Pat Godin et Joan Roch, 2 coureurs qui ont fait leurs preuves en endurance et qui manient bien la plume. Aussi ne manquez pas la lecture du livre Territoires inconnus de Pat. J’ai eu la chance de jaser avec Pat pendant son «ultra d’écriture» et je sais qu’il y a mis la même énergie que celle qui lui permet de repousser ses limites physiques et mentales. Un très bon livre qui va plus loin que la course.

À ceux qui seront à Harricana ce weekend, bonne course! J’y serai à titre de photographe alors gardez le sourire!

Advertisements