Mon temps passé à courir me permet de réfléchir sans être limité ou dérangé. Parfois je suis bien concentré et je trouve des solutions aux barrières que la vie tente de nous mettre et d’autres fois je saute d’une pensée à une autre sans rien approfondir. Chaque compétition donne lieu à des questions auxquelles je cherche des réponses. Des questionnements parfois reliées à la performance: Pourquoi ais-je ralenti en fin de course? Pourquoi ce mal de ventre? Ou pourquoi ça a si bien été cette fois? Et plus souvent des questionnements reliés à ma qualité de vie actuelle et future.

Premier DNF

À essayer des affaires considérées folles par 99% des gens, fallait bien que ça arrive un jour que je me suis dit mais est-ce totalement vrai? Non. Il y a assurément des sportifs qui n’ont jamais eu a abandonner. Et inversement il y a des coureurs de longue distances qui ont plusieurs DNF par saison et qui tout de même demeurent des personnes positives et souriantes pendant et après leurs courses inachevées.

Absolument à l’aise avec ma décision d’abandonner et resté positif après, j’ai quand-même retourné les conditions de mon abandon de tous les côtés possibles dans le but de comprendre ce qui s’est passé. L’explication physiologique est fort probablement celle-ci: je suis parti trop vite et n’ai pas su écouter les premiers signes envoyés par mon corps. Une fois bien installées, les crampes ont été sans pitié et d’envisager faire 100km avec des cuisses crampées m’a semblé une mauvaise décision. Cette explication est assez simple et je n’ai pas eu à courir bien des heures pour comprendre ça.

Ce qui m’intéresse est bien plus de savoir comment j’ai pu manquer les premiers indices de faiblesse aux cuisses. Pourquoi n’ais-je pas modéré ma vitesse?

Course d’endurance

J’était parti avec en tête l’idée de «faire un bon temps». Motivé par quelques courses préparatoires trés formatrices et des entraînements en vitesse, je me croyait cette fois-ci capable de courir tout ce qui «se court» en gardant une vitesse raisonnable et surtout une foulée solide. L’année dernière, j’avais demandé à mes pacer de me dire si ma posture n’était pas bonne et malgré les conseils de mes équipiers qui me rappelaient de «regarder un peu plus loin que mes pieds», ma foulée des derniers miles ressemblait plus à celle observable lors d’une marche funèbre qu’à celle d’un coureur d’expérience. Je crois bien que ma volonté de «faire mieux» à tout prix m’a coûté ce DNF. Concentré seulement sur le fait que je courais à une bonne vitesse donc suivant exactement «le plan», j’ai laissé passé des signes que j’aurais dû écouter attentivement. Cela m’a emmené à réfléchir à l’idée d’endurance dans ce qu’elle a d’essentiel: endurer. Jusqu’où dois-je endurer? À ce niveau, je crois bien que j’ai fait une erreur de débutant cette fois. J’ai confondu endurer l’inévitable avec endurer de petits malaises. J’ai assurément reçu des indices avant que les crampes ne m’empêchent de courir. J’aurais dû prendre acte de ces signaux, m’arrêter immédiatement, prendre la situation en mains puis repartir. À la place je me suis probablement dit que ces courses interminables mènent immanquablement à des douleurs et que moins je donne d’importance à ces «signaux d’alarme», plus je repousse la douleur loin dans la course. C’était une erreur. Les meilleurs ne sont pas ceux qui endurent le plus. Les meilleurs sont ceux qui se préparent le mieux puis qui ont appris à reconnaître les signes que leur corps leur envoi et qui finalement endurent le plus…

Apprentissages

J’aimerais bien mais je ne sait toujours pas si les courses de 100 miles sont «faites pour moi». Aurais-je un jour une certitude là-dessus? J’en doute! Là où j’ai une certitude c’est que cette course inachevée doit servir à m’apprendre quelque chose. J’ai fait des erreurs que j’assume entièrement. Ce n’était pas la première fois que je partait trop vite pour une course. Les autres fois j’ai pu terminer, parfois misérablement mais cette fois non. Ça servira à me rappeler d’être attentif. Contrairement à plusieurs, je n’ai jamais conservé un dossard de mes courses passées. Je ne mets pas trop d’importances à ces souvenirs. Pourtant cette fois j’ai conservé mon dossard du VT100 comme si je voulais me rappeler ce DNF afin de ne pas répéter les mêmes erreurs.

Les règles du jeu

Plusieurs m’ont signifié qu’ils gardaient en tête que «tout ça n’est qu’un jeu». Une phrase que j’ai écrite dans mon blogue précédent. Ça m’a un peu surpris puisque l’on dit et entends tout le temps qu’on court «pour le fun». Mais je comprends que le mot jeux, contrairement à fun nous renvoi plutôt à l’enfance. J’ai eu envie de creuser un peu cette notion de jeu et ce qu’elle réveille en moi et j’y ai trouvé de quoi alimenter encore bien des heures de réflexion durant mes longrun! D’abord l’idée du jeux ayant préséance sur la performance, cela m’emmène à faire des choix qui auront un impact positif sur ma qualité de vie. Ensuite j’ai survolé les règles du jeux et là j’ai trouvé de quoi m’amuser vraiment! D’abord un amateur de montagne, j’ai plusieurs fois cherché mes limites dans des environnements hostiles où les règles étaient très simples: tu as choisi d’être là où tu es et toi seul peut te sortir de la situation précaire qui se présente. Pas d’aide extérieure, pas de communications, pas de lift pour te ramener à ton char. Cela m’a mené à la notion d’autonomie que j’ai toujours mis en haute estime dans les projets de montagne et que je ne retrouve pas vraiment dans les courses…mais pourquoi pas des courses en autonomie? Les courses-aventures se présentent ainsi je crois. Avoir avec soi tout ce que l’on a besoin comme lorsqu’on va en montagne. Avoir simplement accès à des points d’eau et être autonome sur tout le reste…

Jouer le tout pour le tout

Je ne sais pas encore quelle sera ma prochaine course. Croyant que le VT100 me prendrait une dose énorme d’énergie, je n’avais «booké» aucune course durant le mois d’août mais je me retrouve avec des cuisses guéries et une envie folle de me relancer dans une aventure. Je jongle avec quelques options qui vont de 8 à 100km mais une chose est certaine: je jouerai le tout pour le tout. Au départ, comme en montagne, j’apporterai avec moi tout ce dont je crois avoir besoin pour cette course. Aux ravitaillements je ne prendrai que de l’eau. Pas de drop bags, pas de bouffe aux aid-stations et…pas de lift pour me remmener à mon char.

Parce que tout ça n’est qu’un jeu et parce que la vie c’est maintenant.

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