Les montagnes blanches du New-Hampshire constituent mon terrain de jeux préféré. Dépasser la limite des arbres et profiter de magnifiques panoramas est une de mes motivations. Me déplacer le plus rapidement possible dans cet environnement de montagne est une passion. Voici donc le récit de ma dernière course sur Pemi-loop, un sentier de grande randonnée habituellement parcouru en plusieurs jours…

Départ vendredi afin d’être déjà sur place frais et dispo samedi matin. Après une bonne nuit couché dans mon auto, à 8ham je me lance sur ce parcours que j’ai déjà fait en 14h et que j’espère réaliser cette fois en moins de 10h, si tout se passe bien.

Dans le sens anti-horaire, les premiers 8km sont courus sur une ancienne voie ferrée. Les rails n’y sont plus et ce terrain plat est parfait pour s’échauffer avant de monter.

La montée vers le premier sommet, Bondcliff, est assez longue mais pas trop raide. Je cours de longues sections et lorsque c’est trop raide, le « power walk » s’impose. Le power walk est très efficace. Il s’agit de faire de petits pas énergique et rythmés en s’appuyant sur des bâtons de marche si on en a ou, comme moi, en appuyant sur les cuisses.

De Bondcliff la vue est magnifique de tous côtés. J’ai une vue sur tous les sommets que je traverserai ce jour-là. Toujours difficile de s’imaginer que je passerai dans quelques heures sur la crête qui forme le lointain horizon…

Il vente juste assez pour me rafraichir et mon corps répond bien. C’est toujours comme ça…au début ça va bien! C’est juste que dans un projet aussi long, le « début » se définit en heures!!!

Les sommets se succèdent sans que la fatigue ne me rattrape. Je doit être en meilleure forme que je le pensait et j’avais en tête cette boucle rapide depuis des mois…

De South Twin je me lance dans une descente prudente. Cette pente est très raide et constituée d’enchevêtrements de roches rendant la course pour le moins hasardeuse. Je commence à réaliser ma fatigue…et je mets immédiatement de côté ces pensées. Je pense plutôt au refuge Galehead qui est au pied de cette pente.

Au refuge mon passage est bref, juste le temps de remplir mon sac d’hydratation de 2 litres. S’arrêter ici pour jaser avec les randonneurs me semble une option attirante! Mais non je suis dans un contre la montre que j’ai rêvé longuement alors « hurry up ». M’arrêter ici et enlever mon sac m’ont donné l’impression de relaxer. Pourtant moins de 5 minutes auront été passées au refuge.

Je me dirige vers la section, de loin, la plus éprouvante de toute cette balade. Le mont Garfield est isolé entre deux importantes dépressions comportant quelques passages abruptes et souvent rendus glissants par l’eau ruisselante. Je croise 3 personnes qui me demandent où ils sont! Ils ne sont pas certains si ils ont dépassé l’embranchement du sentier qu’ils devaient prendre. On regarde la carte et je leur dit où on est…mauvaise nouvelle pour eux, ils ont fait environ 1,5km de trop. De plus ils font partie d’un groupe alors les autres tenterons de les rattraper devant alors qu’ils seront derrière! Je repars avec la description du reste du groupe. Si je les croise, je les informerai de l’erreur de leurs amis. Je ne les ai pas croisés…

Cette fois mon passage dans ce que j’ai nommé « devil’s house » s’est fait rapidement. On perd tellement d’altitude à côté de Garfield qu’on a l’impression de se retrouver sous le niveau de la mer!

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Au sommet du mont Garfield, contemplant un instant la crête où je me dirige

Le prochain sommet est Lafayette puis la « Franconia ridge » que je connais si bien et que j’ai tant de plaisirs à parcourir. Sur chaque sommet et aux embranchements de certains sentiers, rapidement je prends une photo. Je pourrai ensuite connaître l’heure de passage à chacun de ces repères.

En montant vers Lafayette je surmonte plusieurs « faux sommets ». J’ai beau connaître l’existence de ces faux sommets, le morale en prends un coup chaque fois! À nouveau il faut absolument chasser les pensées négatives, ne pas aller vers cette spirale mentale qui m’entraînerait dans la direction opposé d’où je veux aller. Après plus de la moitié du parcours de réalisé et à nouveau au dessus des arbres, je profite d’un vent de dos et rafraichissant. Je commence à réaliser qu’au rythme que je cours, je serai peut-être sous les 9 heures à l’arrivée. Je refait sans cesse mes calculs! 9h me semble impossible (pour moi car je sais que le record est de 6h30). Je conclu que mes calculs sont bons et j’atteint le sommet du Mont Lafayette, magnifique et immense pyramide de roches.

Lafayette est mon plus haut sommet de la journée alors je me fait croire que de là ce sera tout « downhill » alors qu’en réalité il me reste encore 4 sommets à passer… Je repars et immédiatement j’apperçois Arthur, Marthe et Jacques, des amis avec qui j’organise la soirée Récits de montagne. Un brin de jasette et je repars, gonflé à bloc de cette trop brève rencontre et de cette journée qui se déroule bien mieux que prévue. Le bonheur, faut en profiter quand ça passe, parfois c’est éphémère…

Parti trop rapidement vers le mont Lincoln, mes jambes montrent des signes de crampes imminentes. Depuis environ 2h que je me situais juste en dessous du seuil où ces crampes m’affectent, maintenant le seuil est en train de sauter! Je m’empresse de prendre un sachet de Gastrolite, mon deuxième de la journée. C’est trop peu trop tard et les crampes me scient les jambes. Je dois m’arrêter pour étirer douloureusement cuisses et molets. Je n’arrive pas à m’asseoir car les crampes redoublent d’intensité si je ne mets pas du poids sur mes jambes. Environ 5 minutes d’étirements et je repars en marchant puis reprends graduellement le pas de course. À partir de maintenant je dois faire de petits pas de course réguliers. Un grand pas sauté et c’est un retour assuré des spasmes musculaires incontrôlables et des douleurs.

Je suis encore sur cette magnifique crête, encore aux limites des crampes quand j’aspire les « presque » dernières gouttes de breuvage de mon sac. Avec des crampes prêtes à me jeter au sol à tout moment c’est un terrible constat. Je savait que ça arriverait car les sources d’eau sur ce parcours sont rares mais j’avais espoir de faire toute la crête avant d’être à sec. Je joue le tout pour le tout en prenant un troisième sachet de Gastrolite et en suçant littéralement le fond de mon sac d’hydratation pour faire passer cette poudre.

Graduellement je reprends une fois de plus le pas de course. Les crampes sont présentes mais demeurent subtiles et endurables. Ce sera ainsi jusqu’à la fin de cette balade.

La descente jusqu’à Lincoln woods trail me semble interminable malgré le fait que je cours à un rythme fort rapide. Depuis 1 heure que je « gruge » mes réserves en courant sans m’hydrater. Tout ça combiné à un effort soutenu pendant des heures, je suis bien conscient que la récupération sera longue…

Je cours de mon mieux la dernière section du sentier, celle bien plate suivant une ancienne voie ferrée. Je suis absolument et agréablement surpris de voir à ma montre que je pourrai terminer cette fantastique boucle sous les 8h30. Plus rien n’existe que ce sentier et moi.

Une fois le pont suspendu traversé, je stop le chrono qui montre 8h25 exactement. Quand je m’arrête, je suis aussi euphorique que crampé! Mes jambes ont donné ce qu’elles pouvait et ma tête en a demandé plus et encore plus…

Le lendemain je devais me reposer simplement mais il faisait tellement beau alors comment résister à l’attirance d’un sommet pour apprécier ces paysages sublimes qui m’entourent? Pinkham Notch est sur mon chemin de retour alors un saut sur le mont Washington semble une idée agréable pour étirer le plaisir.

Les premiers pas me semblent lourds et la »machine » prends du temps à se réchauffer malgré la température très chaude. Hyperactif, je m’ambitionne à doubler les randonneurs que je vois devant moi et il y en a toujours…2h30 plus tard, j’ai doublé pas mal de monde et j’ai réalisé mon meilleur temps pour la montée et la descente du Mont Washington!

Une semaine plus tard je me sentais encore bien hypothèqué par ce doublé mais la vie c’est maintenant alors profitons-en!

NB: Les sommets de Pemi-loop dans le sens anti-horaire: Bondcliff, Bond, Guyot, South twin, Garfield, Lafayette, Lincoln, Little Haystack, Liberty et Flume. Total 51km, dénivelé+2800m

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