La semaine dernière j’ai eu l’occasion de répondre à quelques questions concernant le matériel ultra-léger pour un article qui sera publié dans le magazine Espace et j’ai pensé vous partager ce que j’applique en trail running de mon expertise.

Partir «ultra léger» pour moi ça signifie que par la connaissance de nos capacités, la connaissance de notre matériel et en éliminant le plus d’imprévus possibles, on arrive à diminuer au minimum le poids de ce qu’on porte et apporte. En faisant ça, on arrive, en utilisant la même quantité d’énergie, à aller plus vite et/ou plus loin et/ou plus confortablement…

Un exemple de «balade» en montagne en n’apportant que le stricte minimum. C’est possible si on sait dans quoi on se lance…Ici sur la boucle du mont Lafayette au New-Hampshire.

Minimisez les «au cas où» par une bonne cueillette d’informations

Je vois deux raisons qui font que la très grande majorité des gens apportent plus que ce qu’ils devraient. La première est d’apporter pleins de choses «au cas où». Au cas où il pleut ça prend un imper, au cas où il neige ça prend une doudoune, ou cas où il y a de la neige ça prend des raquettes, où cas où une sécheresse se pointe ça prend 4 litres d’eau… La deuxième raison est la recherche d’une forme de confort qui ressemble à celui qu’on a à la maison. Pour ma part je retrouve mon confort en transportant le plus léger sac possible…

Voici quelques trucs qui me permettent de partir en portant la moitié ou moins du poids que celui porté par la majorité des personnes rencontrés sur de longs sentiers en montagne.

  • Connaître notre capacité physique ACTUELLE. Pas celle d’il y a 20 ans, dans le temps où vous étiez le plus rapide coureur de votre école…
  • Identifier les distances et dénivelé du parcours projeté. Vous devriez savoir ce que vous êtes capables de parcourir (en souriant)
  • Y a-t-il des points d’eau? À quelles distances?
  • Quelles sont les prévisions météo
  • Y a-t-il des refuges ou abris sur le parcours
  • Trouvez des comptes-rendus d’autres personnes ayant fait ce parcours
  • Fouillez le Web, les livres-guides, le staff des boutiques spécialisées, etc.

Penser «léger»

L’ultra-léger c’est une façon de penser, une série d’habitudes à prendre. Il faut tout remettre en question. Questionnez chaque item que vous portez sur vous et dans votre sac. D’abord les items les plus légers ne sont pas les plus dispendieux, ce sont ceux que vous n’apportez pas! Le sac que vous pensez porter pèse combien vide? Quoi? 2 kilos!!! Savez-vous que des sacs à dos de 500g ça existe? Contrairement à la croyance populaire, le matériel ultra-léger est souvent moins coûteux car de conception plus simple: moins de pochettes inutiles, moins de zipper, moins de «padding», etc. Lorsque vous avez trouvé les items légers que vous pensez porter et apporter, examinez-les pour identifier des parties que vous pouvez couper ou modifier pour rendre votre «kit» encore plus léger. Des sangles que vous n’utilisez pas? Coupez-les! Un renfort de plastique en plus du coussinage dans le dos du sac? Enlevez-moi ça et ça presse! Un «sac de tête» sur votre sac à dos? En avez-vous VRAIMENT besoin? Moi non!

Dans toutes mes activités impliquant course ou marche, je porte presque exclusivement des chaussures de course non étanches et ce même l’hiver en montagne. Choisissez le soulier le plus léger qui répond à vos besoins. Plutôt que des chaussures imperméables, une des principales caractéristiques qui m’importe est la faculté des chaussures à «se vider» après être passées dans l’eau. Des chaussures confortables qui se vident et sèchent rapidement sont l’item numéro un d’une trailrun agréable.

Côté vêtements, je n’apporte des «doubles» que lorsque je pars plus d’une semaine sans possibilité de prendre une douche… En été, un short, un t-shirt et un coupe-vent suffisent généralement. En hiver ou en montagne, un cuissard long remplace le short, un chandail léger à manches longues garde le haut du corps au chaud et le kit est parfois complété d’un manteau légèrement isolé qui sera porté lors des arrêts ou au sommet de la montagne. Chaque vêtement est choisi pour sa légèreté et doit se superposer confortablement aux autres. De quoi garder la tête et les mains au chaud complète tout ça lorsque la température descend. Les tissus synthétiques comme les polyesters et les nylons sèchent plus vite que Lucky Luke dégaine et conservent une partie de leur capacité isolante même lorsque mouillés.

Pour des longues sorties, il est essentiel de transporter un peu de nourriture et de quoi s’hydrater. Les breuvages et nourritures sont les items les plus lourds que je transporte alors il m’importe de bien calculer les quantités à transporter pour éviter du poids non nécessaire mais avoir suffisamment d’apport calorique pour le parcours projeté. Si je ne tiens pas à faire le parcours de façon autonome, je tiendrai compte des points de ravitaillements possibles (sources, refuges, etc.). En autonomie complète, le seul truc que je me permet est de boire l’eau des ruisseaux de montagne et de manger des framboises sauvages. Il est exceptionnel que je parte avec plus de 2 litres de breuvage. Côté nourriture, le meilleur rapport calories/poids se retrouve dans les gels, cubes et autres produits de ce type. J’apporte avec moi l’équivalent d’une dose de gel par 45 à 60 minutes d’effort. Ça marche pour moi mais ça demande d’être testé. Je sais que l’idée de consommer des gels pendant 5, 10 ou 15 heures peut sembler de la torture pour certains mais pour moi la torture est plutôt de partir courir avec un sac inutilement lourd. Vous apprécierez la «vraie» nourriture après je vous le jure!

Pour apporter tout ça, un sac bien adapté à la course est essentiel. Les petits sacs incluant un système d’hydratation sont excellents car ils permettent de s’hydrater sans s’arrêter. En plus du sac d’hydratation de 2 litres, une capacité de chargement supplémentaire de 5 litres ou moins est bien suffisante pour une balade de quelques heures. Pour des sorties plus longues ou en hiver, un sac compressible d’environ 20 litres vous permettra de transporter tout ce que vous avez besoin. Essayez différents modèles en magasins. Demandez à mettre un peu de poids dans le sac et courez avec pour sentir s’il tient bien sur votre dos ou s’il saute sans cesse. Plusieurs systèmes de «bretelles» existent et il y en a pour tous les goûts. Ce qui est parfait pour les uns peut être détesté des autres alors essayez avant de vous fier seulement à la couleur ou à la marque à la mode…

Les caractéristiques que je priorise d’un sac pour la course sont la légèreté, le confort à la course, la simplicité et la possibilité de compresser le contenu au fur et à mesure que les kilomètres s’accumulent et que le poids du sac diminue. Des pochettes accessibles, à la ceinture par exemple, permettent plus facilement d’accéder à de la nourriture sans devoir s’arrêter. Voici deux modèles que j’utilise pour mes longues sorties : le Nathan pour les compétitions ou les sorties de moins de 5 ou 6 heures et ce modèle-ci de 18 litres pour mes sorties de 24 heures ou moins en montagne qui nécessitent un plus grand volume que le Nathan. Ce sac pèse 300g seulement et coûte moins de $40!

Faites toujours l’essai de nouvel équipement lors d’entraînements et non lors de compétitions importantes ou de longues sorties dans des endroits isolées.

Partir ultra-léger implique aussi d’accepter de rebrousser chemin au premier signe de problème. La marge de manoeuvre étant extrêmement mince, il faut savoir reconnaître ses limites et ne pas s’entêter lorsqu’un imprévu survient qui risquerait de compromettre la sécurité.

En terminant, partir léger ne veut pas dire de remplacer l’essentiel et le gros bon sens par un téléphone cellulaire qui vous permettrait d’appeler la cavalerie en cas de pépin! J’ai déjà averti à répétition une personne rencontrée au sommet du Mont Ham qu’elle devrait se hâter pour descendre car la noirceur s’en venait et que visiblement elle n’était pas préparée pour descendre autrement qu’au beau soleil d’après-midi…Descendu rapidement à la frontale, j’ai croisé un secouriste montant chercher «une femme seule qui a appelé à l’aide avec son cellulaire». Pour moi partir léger ce n’est pas de la bêtise humaine mais plutôt faire preuve de débrouillardise et d’intelligence.

NB: L’appel à l’aide doit demeurer un ultime recours et non le résultat d’une mauvaise préparation et/ou d’une planification déficiente.

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