Ce texte fait suite à mon blogue précédent.

Vous aimez courir? Vous trouvez ça facile?

Moi j’ai longtemps couru uniquement pour améliorer ma forme dans le but de réaliser mes projets en montagne. Courir je n’aimais pas ça et je ne trouvais pas ça facile. Mais j’ai continué parceque je savais que c’était bon pour moi, comme manger des légumes!

En 2006, après 2-3 courses de courtes distances, je m’inscrivais à un marathon. J’étais curieux de voir comment je me débrouillerais sur 42.2km. En fait le marathon ne m’intimidait pas trop mais les longs entraînements pour y arriver ne m’inspiraient rien de joyeux.

Mais je fonctionne bien lorsque j’ai un objectif. L’entraînement et la course se sont bien passés. C’était le Mount Desert Island marathon à Bar Harbor, Maine. Un magnifique parcours longeant la mer. J’ai compris là que, contrairement à moi, les marathoniens n’aiment pas les côtes! Avant la course, plusieurs « s’inquiétaient » des côtes du parcours. Après le marathon je n’avais pas eu l’impression d’avoir monté quoi que ce soit…

Coureurs au Mount Desert Island Marathon en 2005. Les souliers minimalistes c'est relativement nouveau mais des coureurs pieds nus ce n'est pas nouveau!

La course sur route, malgré ce parcours de bord de mer, ne m’a pas vraiment accroché. Je n’ai couru que 2 autres marathons sur route depuis et un autre s’ajoutera bientôt.

Ce qui m’a accroché a plutôt été de constater qu’après le marathon j’aurais pu continuer! Comme tous les coureurs j’étais fatigué mais loin d’avoir vidé la « tank »…

Comme ma passion c’est la montagne, je réalisais souvent de longues randonnées rapides dans les montagnes blanches. Des circuits habituellement parcourus en quelques jours étaient bouclés en 10 ou 15 heures. Je ne savais pas ce qu’était un ultramarathon mais j’en faisait déjà…

En 2007 je me suis inscrit à mon premier ultra, le Jay Marathon. Une course de plus de 50km sur et autour de Jay Peak organisée par Dan Desrosiers. Je ne savais pas encore que ce nom était synonyme de « vous allez en baver »!

Je me suis entraîné très fort en prévision de cette épreuve d’endurance et, malgré un parcours difficile, j’ai terminé la course en bonne position.

Petite «réparation» durant le Jay marathon.

Là je venais de trouver une activité où d’autres partagaient mes passions pour la montagne et pour le dépassement personnel. J’y suis retourné l’année suivante avec beaucoup de plaisir malgré que la région avait subi de fortes pluies qui ont transformé plusieurs sections en trous de boue sans fond.

Fréquenter d’autres passionnés est une façon efficace de faire exploser nos propres limites…

Une autre course marquante, aussi organisée par Dan, a été mon premier UltimateXC, en 2009. Plus de 50km à Mont-Tremblant dans du terrain vraiment pas facile et impliquant un fort dénivelé. Ma course allait bon train jusqu’à une trentaine de kilomètre. À un moment je me suis senti étourdi et j’ai profité d’un ruisseau pour m’arroser la tête et tenter de faire passer ce malaise. Des symptômes de ce type sont fréquents dans des ultras mais quand c’est la première fois…J’ai aussitôt continué en marchant puis en reprenant au pas de course. Croyant avoir traversé un mur d’élégante façon, je décidait de « pousser la machine » et je réussi assez bien la dernière montée. Alors que je débutais la longue descente que je croyais être une simple formalité, les étourdissements ont repris. Pas question cette fois de m’arrêter, l’arrivée était si proche…Une erreur monumentale! Quelques minutes plus tard je n’y voyais plus rien!!! Je tombais sans cesse et ne comprenait rien à tout ça. Je devais me tenir sur les arbres et ma vitesse de descente approchait celle d’un escargot alors que les autres coureurs me dépassaient les uns après les autres. J’aurais dû m’arrêter juste le temps de me remettre d’aplomb mais ma tête de cochon me disait « tu finiras ça en rampant si il le faut mais tu va la finir cette course ».

Une éternité plus tard, mon arrivée sur la rue piétonne de Mont-Tremblant a été une horreur. Je ne voyait plus le relief et devait longer les rubans de sécurité avec ma main pour suivre le parcours. Alors que je « badtripait » dans ma tête, j’entendait mes amis et le public m’encourager. Un bénévole s’est aperçu que ça n’allait pas alors il m’a pris par le bras et m’a guidé jusqu’au fil d’arrivée.

Une vingtaine de minutes plus tard les étourdissements étaient passés et la vue était suffisamment revenue pour que je puisse me déplacer sans aide.

Ce fut une leçon à la dure que j’aurais pu et dû éviter. M’arrêter quelques minutes au début des symptômes m’aurait fait perdre moins de temps au total et, fort probablement, m’aurait permis une expérience plus ludique!

Mais vous savez quoi? La tank n’était pas vide! C’est la tête qui m’a joué un tour. Le coeur et les jambes auraient pu me mener plus loin (ou plus vite) si je n’avais pas été stupide et que j’avais pris de sages décisions.

L’année suivante j’ai refait cette course et en ai profité pour réaliser un vidéo qui, on m’a dit, a inspiré plusieurs coureurs à s’inscrire aux différentes épreuves de l’UltimateXC.

L’année dernière j’ai poussé un brin plus loin mon exploration des longues distances en courant le Vermont50. Un beau trajet de 50 miles que j’ai couru en 10h. Cet ultramarathon a été ma meilleure course à vie. Tout s’y est mieux déroulé que mes objectifs les plus ambitieux.

Ça m’emmène cette année à m’être inscrit à mon premier 100miles. Il y a beaucoup d’inconnu sur une aussi longue distance mais une chose est certaine : plus c’est long plus j’ai du plaisir longtemps!

Alors quand vous penserez que votre tank est vide, dites-vous qu’il y reste encore assez d’énergie pour finir ce que vous avez choisi de faire parce que vous aimez le faire.

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