Il m’arrive parfois…souvent finalement… d’être à contre courants. Je pense que ça vient de mon intérêt pour l’arrière scène, pour la face cachée des événements que j’ai cherché à saisir en image depuis aussi longtemps que je me rappelle. La déformation professionnelle d’un photographe humaniste.

Il y a la masse et il y a les autres, les marginaux. En ville on les reconnaît aisément. En vélo de montagne aussi…Vous avez déjà croisé un type sur un vieux Stumpjumper, en bermudas de coton et t-shirt de Iron-Maiden, parfois «avec pas de casque». Il pédale en sifflant. Je dis que vous l’avez croisé parce qu’on les dépassent jamais ces types-là. Pourquoi? Parce que pendant que d’autres magasinent des pièces de vélos en alliage de titano-carbone-14 directement avec la NASA, lui il embarque sur son vieux bécik et il pédale. Il fait la même chose pendant que d’autres écrivent des blogues… Quand il se décide à s’acheter un nouveau vélo, c’est le genre de type à s’acheter un «single speed» parce que ça va durer encore plus longtemps que son Stumpjumper qui a fêté ses 18 ans l’an passé.

En course à pied on les reconnaît moins par ce qu’ils ont que par ce qu’ils n’ont pas. Ils n’ont pas le soulier dernier modèle parce que leurs vieux était correct et que la compagnie les fait encore. Ils n’ont pas des cuissards ¾; Ni des cuissards longs en fait parce que des culottes de jogging pour eux ce sont des cotons ouatés. Ils ont fait un marathon en 1982 et ils courent encore avec ce t-shirt là…Vous pensiez que c’était un modèle récent mais à la mode «old school», vous vous êtes trompés. Aux départs des marathons, ce sont eux qui portent un sac de poubelle en guise de coupe-vent et qui vous répondent que c’est leur 72ème quand vous leurs demandez si c’est leur premier 42.2km…

Comme vous je vois passer quotidiennement des items qui me donnent l’impression que si je les utilisaient je gagnerais quelques minutes sur mes longues courses ou je gagnerais en confort. Comme vous, souvent je les achète!

Mais cet hiver j’ai essayé autre chose…Je me rends au travail à pied en 30 minutes d’un bon pas sans courir. En janvier je me suis mis à revenir assez souvent du travail en courant. Moi qui ne pars jamais courir moins d’une heure, je faisais des 20 minutes absolument libératrices. Je me suis demandé pourquoi ces courtes courses m’obligeant à me doucher en arrivant étaient si agréables. C’est parce qu’elles étaient pareil à celles d’un enfant qui pars à courir juste comme ça, pour rien. C’est aussi parce qu’après le travail c’est bien plus agréable de respirer l’air dehors que de s’asseoir dans une auto froide. Parce qu’aussi je courais ces 20 minutes habillé en jeans ou en pantalons «propres» et en chemise, plusieurs fois avec des grosses bottes d’hiver. Je me suis rappelé qu’il n’est pas nécessaire d’avoir les chaussures du dernier test de Trail runner, des cuissards en laine de mérino et une tuque aux mêmes tons que mon manteau. Porter des chaussures inadaptées à la course m’a peut-être même aidé à conserver un bon patron de course, pas question d’atterrir sur les talons de mes bottes…

Je vais continuer d’avoir une sélection ridicule de chaussures de trails pour tous les genres de sentiers, de choisir mes lacets comme si ma vie en dépendait et de porter des vêtements de qualité pour mes courses et entraînements (probablement un peu plus de matos The North Face 😉 Ce qui a changé c’est que je sais que le jour où j’oublierai un soulier ou une autre pièce d’équipement que je croyais essentielle, au lieu de sacrer, ce que je fais d’ordinaire avec une certaine aisance dans ce genre de situation, je vais courir quand même et je le ferai comme un enfant qui ne se pose pas de questions. Le plaisir ne se mesure pas en différentiel avant du pied/talon ou en grammes/chaussure.

Merci à mon amie Anne que j’ai vu hier pour l’inspiration. Elle qui a monté Chocorua en Crocs et gravi un haut sommet dans l’ouest américain en portant des lunettes fabriquées en tape blanc…

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